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Le climat a changé, les solutions existent déjà

6' de lecture - publié le 14 septembre 2026

L'été 2026 restera comme un point de bascule pour le 21ᵉ siècle. Cinq vagues de chaleur ont traversé l'Europe. En une semaine de juin, dix pays ont battu leur record national absolu de température, jusqu'à 41,9 °C en Tchéquie et 41,7 °C en Allemagne. L'Europe de l'Ouest a connu sa période juin-juillet la plus chaude jamais mesurée, 2,79 °C au-dessus de la normale. Au 5 août, 500'000 hectares avaient brûlé dans l'Union européenne, contre 380'000 en 2025 à la même date. La moitié du territoire de l'UE et du Royaume-Uni a basculé en sécheresse, le Rhin est tombé sous les 75 centimètres à Cologne. Au même moment, au Japon, la préfecture de Chiba recevait en une demi-journée trois fois sa pluie moyenne d'un mois d'août. Sécheresse et chaleur d'un côté, précipitations extrêmes de l'autre. Ces phénomènes opposés relèvent du même mécanisme, et ils imposent de dimensionner le bâti pour des extrêmes plutôt que pour une moyenne.

Ces événements touchent directement nos rues, nos écoles, nos bureaux et nos logements. Le secteur du bâtiment et de la construction occupe une position unique dans cet environnement en mutation. Il en est à la fois l'une des causes majeures (37 % des émissions totales)(1) et l'un des leviers capables d'en atténuer les effets.

La plupart des innovations réunies ici ne sont pas nouvelles. Récupérer la chaleur des serveurs informatiques ou utiliser des matériaux à changement de phase sont des techniques déjà anciennes, certaines datant de plusieurs décennies. Ce ne sont pas des paris technologiques, mais des choix déjà prouvés, mesurés et immédiatement actionnables.

Introduction
Rafraîchir
Rafraîchir

Avant toute technologie, le problème est d'abord physique : le vitrage laisse entrer une part disproportionnée de la chaleur solaire, et une façade mal orientée transforme un immeuble en capteur thermique. La plupart des maîtres d'ouvrage disposent déjà des réponses de premier niveau, à savoir la double peau, le freecooling et le puits canadien, ce conduit enterré qui tempère l'air neuf avant son entrée dans le bâtiment. Les solutions qui suivent viennent compléter ce socle.

Les Tours Siamoises de Santiago utilisent une double peau en verre et fibre-ciment : la lame d'air entre les deux couches agit comme une cheminée qui évacue la chaleur par aspiration. Le KMC Corporate Office de Hyderabad va plus loin avec une peau en treillis d'aluminium équipée de bacs hydroponiques et d'un système de brumisation.

Sur le vitrage, le projet EnOB:FLEX-G 4.0 développe des films électrochromes qui changent de teinte sous impulsion électrique pour réguler la chaleur transmise. SolarGaps transforme la protection solaire en production, avec des stores orientables qui suivent la course du soleil.

Le refroidissement par évaporation revient sous deux formes. Brikoole est une brique en nid d'abeilles imprimée en 3D qui maintient une structure humide, abaissant la température intérieure de 6,2 °C en moyenne selon les tests du concepteur(2). CoolAnt applique le même principe à l'espace public, avec une seconde peau de pots en terre cuite arrosés au goutte-à-goutte, fabriquée par des artisans locaux à New Delhi.

Le rafraîchissement se joue aussi autour du bâtiment, pas seulement en son sein. À Aubervilliers, Tierce Forêt remplace le bitume par un matériau drainant et des arbres à forte transpiration : la pluie infiltrée est stockée, puis nourrit le rafraîchissement en période de sécheresse. GoRespyre fait pousser de la mousse sur des façades en béton bioréceptif, agissant à la fois sur la température de surface, la qualité de l'air et le bruit.

Pour la rénovation, Ventive propose une ventilation passive à récupération de chaleur offrant un rafraîchissement de 3 à 4 degrés. Ventotherm Twist s'intègre directement à la fenêtre, récupère jusqu'à 80 % de la chaleur et filtre les particules(3). Enerdrape, start-up suisse issue de l'EPFL, capte la température constante des sous-sols de parkings et de stations de métro pour alimenter une pompe à chaleur.

Mieux utiliser l'énergie
Mieux utiliser l'énergie

Au-delà de l'isolation, qui reste la principale source de pertes dans le parc existant, deux leviers permettent d'aller plus loin : le comportement des occupants, et la chaleur déjà produite puis perdue par les serveurs informatiques, les ascenseurs ou les procédés industriels.

Le centre de données D4 d'Infomaniak à Genève récupère la totalité de la chaleur de ses serveurs. Il l'injecte dans le chauffage urbain, couvrant les besoins de jusqu'à 6 000 foyers. À Kalundborg, au Danemark, neuf entreprises privées et publiques s'échangent depuis les années 1970 vapeur, eau chaude et résidus industriels. C'est l'un des premiers réseaux d'écologie industrielle au monde, avec un bilan de 635 000 tonnes de CO₂ évitées par an(4).

Directement dans la structure et l'enveloppe du bâtiment, plusieurs pistes se distinguent par leur principe plutôt que par leur marque. Des chercheurs de Chalmers ont mis au point une batterie rechargeable à base de ciment et de fibres de carbone, avec une densité de 7 Wh/m²(5). Mitrex transforme la façade en surface productive avec des panneaux solaires qui reproduisent l'aspect du granit ou du bois, et Nanolope PCM, un matériau à changement de phase intégré aux murs, stocke environ 14 fois plus de chaleur par volume que le plâtre ou le béton(6).

Deux autres innovations déplacent l'énergie plutôt que de la produire. Water-Filled Glass insère une lame d'eau entre deux vitres pour absorber la chaleur solaire et la redistribuer, pour une réduction de facture estimée par l'équipe de recherche à 25 %. Polar Night Energy stocke de la chaleur dans du sable pendant plusieurs mois, pour un coût inférieur à 10 € par kWh de capacité.

Le variateur régénératif KEB R6 reconvertit en électricité l'énergie de freinage des ascenseurs, avec un retour sur investissement inférieur à deux ans sur les systèmes sans engrenage. La chaudière numérique de Stimergy, aujourd'hui exploitée par Neutral-IT, baigne des serveurs dans un liquide caloporteur pour préchauffer l'eau chaude sanitaire, couvrant de 30 à 60 % des besoins en eau chaude(7). TABSOLAR intègre des éléments solaires thermiques à la façade ventilée pour alimenter une pompe à chaleur, sans emprise au sol supplémentaire.

Côté usages, Wattblock accompagne les copropriétés australiennes dans un processus en huit étapes pour réduire le gaspillage énergétique. Le projet ABC à Grenoble pousse la démarche jusqu'à l'ingénierie sociale, avec des locataires sélectionnés et accompagnés pendant deux ans, pour une consommation trois fois inférieure aux logements classiques.

Gaspiller moins d'eau

Deux leviers permettent d'agir sur l'eau sans construire de nouvelle infrastructure : réutiliser ce qui a déjà servi, et rendre visible une consommation qui ne l'est jamais au moment où elle a lieu.

Gecko, chauffe-eau instantané miniaturisé, récupère plus de 84 % de la chaleur des eaux usées pour préchauffer l'eau froide, avec jusqu'à 70 % d'économies annoncées. WeCo traite l'eau des toilettes publiques par voie bactériologique puis par électrolyse pour la réutiliser en circuit fermé, avec une économie d'eau revendiquée de 97 %(8).

Irrigreen cartographie la forme réelle d'un jardin pour n'arroser que les zones sèches, réduisant de moitié la quantité d'eau utilisée selon le fabricant. Luniwave, conçu par des étudiants de l'INSA Lyon, affiche la consommation d'eau en temps réel pendant la douche sans jamais réduire le débit, pour une réduction annoncée de 30 %.

Le stockage, enfin, n'a pas besoin de nouveaux terrains : un toit ou un terrain de sport peuvent suffire. À Amsterdam, RESILIO a transformé 12 683 m² de toitures en toits bleus-verts, capables de retenir plus de 90 % des précipitations lorsqu'une vanne pilotée par les prévisions météo régule leur niveau d'eau(9), sans rien demander de plus qu'un toit plat et un peu d'audace. À Hong Kong, le Happy Valley Underground Stormwater Storage Scheme loge un réservoir de 60 000 m³ sous un hippodrome(10), réutilisant les eaux pluviales pour l'irrigation et les chasses d'eau sans consommer de foncier supplémentaire.

Gaspiller moins d'eau
Respirer un meilleur air

La qualité de l'air se joue à deux endroits : sur les surfaces exposées à l'extérieur, où la pollution urbaine peut être partiellement décomposée, et à l'intérieur, où la concentration de polluants dépasse souvent celle de l'air extérieur.

Le béton anti-smog d'Italcementi intègre un revêtement au dioxyde de titane qui décompose les polluants atmosphériques sous l'effet du soleil, avec une réduction des oxydes d'azote pouvant atteindre 45 % en conditions idéales(11). Le Krion® K·Life 1100 de Porcelanosa applique la même photocatalyse à une surface continue sans joints, limitant la prolifération bactérienne.

ARVE surveille en temps réel les particules en suspension et les composés organiques volatils pour objectiver la qualité de l'air intérieur. La brique Capo 425 Lana associe terre cuite et laine de mouton, dont les fibres naturelles absorbent les composés volatils et contribuent à purifier l'air intérieur, sans isolant synthétique complémentaire.

Respirer un meilleur air
Faire face aux catastrophes

L'adaptation ne se limite pas au confort thermique : elle porte aussi sur des événements brefs et destructeurs, que le bâti existant n'a pas été conçu pour encaisser.

FloodFrame loge une bâche flottante dans une tranchée périphérique autour du bâtiment, qui se déploie automatiquement sous la pression de la montée des eaux, sans alimentation électrique. Le projet POP-UP, développé par le bureau danois Third Nature, superpose réservoir de pluie et parking souterrain, la structure de stationnement s'élevant par poussée hydrostatique à mesure que le réservoir se remplit.

Zillow a intégré à ses annonces immobilières des données de risque climatique développées avec la First Street Foundation, couvrant inondation, incendie, vents violents et chaleur extrême à l'échelle de chaque propriété(12).

Faire face aux catastrophes
Conclusion

Aucune de ces innovations ne résoudra à elle seule le dérèglement climatique. Prises ensemble, elles montrent qu'une façade peut produire de l'électricité, qu'un mur peut stocker et redistribuer de la chaleur, qu'un terrain de sport peut retenir la pluie, et qu'un parking peut redevenir un morceau de ville. Ces réponses existent, elles sont mesurées et elles sont déjà installées quelque part.

Partout, la discussion a déjà commencé. Sous la pression des événements et de l'opinion publique, communes, cantons et gouvernements devraient progressivement resserrer leurs cadres réglementaires : normes plus strictes, exigences accrues dans les permis de construire, critères climatiques dans les appels d'offres publics. Reste à voir si cette prise de conscience passera l'hiver.

Les acteurs qui auront déjà intégré ces solutions auront une longueur d'avance, en coûts, en image et en capacité à répondre aux exigences de demain. La palette décrite ici n'est pas un ensemble de réponses universelles, mais un terrain de jeu déjà balisé, où il ne reste qu'à choisir.

(1) Source : UN Environment Programme, Building Materials and the Climate: Constructing a New Future, 12 septembre 2023.

(2) Source : James Dyson Award, Brikoole, 2024.

(3) Source : Schüco, Ventotherm Twist.

(4) Source : Kalundborg Symbiosis, The world's first industrial symbiosis.

(5) Source : Chalmers University of Technology, World first concept for rechargeable cement-based batteries, 2021.

(6) Source : Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg, Hochleistungs-Wärmespeicher für Gebäude, 2021.

(7) Source : Neutral-IT, La chaudière numérique.

(8) Source : L'Usine Nouvelle, WeCo invente des toilettes écologiques et autonomes, 7 septembre 2022.

(9) Sources : RESILIO, Le projet de toitures intelligentes d'Amsterdam, 2022 ; Haer et al., The building-scale performance of blue-green roofs, Vrije Universiteit Amsterdam et Hogeschool van Amsterdam, 30 mars 2022.

(10) Source : Drainage Services Department, Hong Kong, Happy Valley Underground Stormwater Storage Scheme, 2012.

(11) Source : Interesting Engineering, Smog-eating concrete.

(12) Source : Zillow, What is climate risk data.

Sources
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